Écrire, c’est bien plus qu’écrire.

Si vous êtes ici, il y a fort à parier que vous cherchez à vous faire accompagner dans la conduite d’un projet éditorial. Peut-être êtes-vous aussi tenté de confier ce projet à une intelligence artificielle ? Pas cher, rapide… L’option a de quoi séduire. Permettez-moi de tenter d’éclairer votre décision – et, ce faisant, de vous expliquer ma vision du métier de plume. Elle tient en une phrase : écrire, c’est bien plus qu’écrire.

Je vous vois venir : « Elle va me parler de ses idéaux sur l’écriture, qu’est-ce que j’en ai à faire ? Cette tribune pour mon DG, il suffit de lire deux ou trois documents pour l’écrire, autant les uploader sur ChatGPT et voir ce qu’il me propose ! », pensez-vous. Essayez donc ! Vous en ressortirez avec un texte positivement impressionnant ; c’est en tout cas ce que vous vous direz à la première lecture. À la deuxième, vous serez déjà un peu moins sûr de vous : tout à coup, cela vous semblera un peu plat, légèrement maladroit… et surtout, très premier degré. À la troisième lecture, vous aurez sous les yeux un texte que vous n’oseriez jamais montrer à quiconque. Retour à la case départ.

Robot

Au fond de vous, vous le savez : pour écrire un texte convaincant, il ne suffit pas de passer à la moulinette une poignée d’informations. Il faut une plume pour percevoir l’intangible : l’identité de votre entreprise, ce qui compte pour elle, l’environnement dans lequel elle évolue, les difficultés, explicites ou non, auxquelles elle se heurte, les attentes de ceux qu’elle cherche à persuader. Chez Manifeste, c’est exactement ce que je m’efforce de faire à chaque nouvelle mission.

Écrire, c’est aller voir

Voilà pourquoi, quand un client m’a demandé de rédiger un plaidoyer en faveur d’un projet d’infrastructure, j’ai passé la journée en voiture avec ses employés pour arpenter les environs du futur site. Sinon, comment retranscrire l’enracinement de cette entreprise dans sa région et son attachement pour elle ?

Voilà aussi pourquoi, pour rédiger un article sur un chantier monumental à destination d’un magazine d’entreprise, j’ai enfilé bottes, casque, gants et lunettes sous un soleil de plomb pour suivre le chef de chantier à travers un dédale de couloirs. Sinon, que donner à voir au lecteur, à part une liste monotone de chiffres clés ?  

Écrire, c’est écouter

Voilà pourquoi, pour écrire un plaidoyer pour le compte d’une association, j’ai mené plusieurs ateliers avec une vingtaine de travailleurs sociaux et participé à une maraude à leurs côtés. Sinon, comment dépeindre fidèlement la réalité de leur travail ? 

Archives

Écrire, c’est chercher

Qu’il s’agisse d’une étude, d’une note ou d’une tribune, la recherche documentaire occupe souvent une place importante dans un projet éditorial. Confiez-la à une IA, et elle vous proposera une dizaine de liens douteux et non hiérarchisés, plaçant à égalité l’Agence internationale de l’énergie et le blog de Tartempion sur les compteurs Linky. Mais mener des recherches, ça n’est pas faire une requête Google. C’est parcourir des dizaines de documents, regarder des vidéos, consulter des livres (en trois dimensions).

Je suis bien placée pour le savoir : c’est précisément ce que j’ai fait, des mois durant, pour écrireLes Empoisonneurs – Chlordécone : histoire d’un mépris français(Grasset, 2025), puis La Guerre silencieuse – Enquête sur les câbles sous-marins(Grasset, 2026). La première de ces enquêtes m’a menée à l’autre bout de la France, dans le garage d’une vieille dame. J’y ai passé plusieurs heures à consulter des cartons de documents poussiéreux emplis de vieilles coupures de presse pour y dénicher, enfin, l’information que je cherchais, celle qui change tout. C’est ce sens de la recherche qui m’a permis de retrouver, toujours dans le cadre des Empoisonneurs, des archives que ni les gendarmes, ni la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur le chlordécone n’avaient su trouver. Claude peut aller se rhabiller !

Vous m’avez comprise : une plume, c’est la conjonction d’une méthode, d’une personnalité, d’expériences passées, d’expertises accumulées au fil des ans et des missions. Alors, effacez donc ce prompt et envoyez-moi plutôt un message !

Marie Baléo